Le grand paradoxe militaire français

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2015-07-14 / www.libertepolitique.com




Le grand reporter s’interroge sur la grande contradiction de la politique militaire française : la réduction constante de forces devant la progression reconnue de la dangerosité du monde.

[Le Figaro, 14/07/15] — La France est une des rares démocraties occidentales à organiser un grand défilé militaire pour sa fête nationale. C’est que, dans l’inconscient collectif, depuis Valmy, l’armée est la première protectrice de la République contre ses ennemis. …

Il n’y a pas un homme politique français qui nie l’augmentation de la dangerosité du monde depuis une vingtaine d’années. Or, qu’ils soient de gauche ou de droite, les gouvernements n’ont cessé de réduire la taille de nos armées.

…C’est toujours plus facile de s’en prendre à un corps non syndiqué ! Depuis la fin du cabinet Raymond Barre (1976-1981), le dernier homme politique français à avoir bien géré l’État, nos gouvernements ont tous fait preuve de lâcheté budgétaire.

Un outil d’intégration brisée

Jacques Chirac, qui fut le fléau de notre pays, ne s’est pas contenté d’être laxiste sur les dépenses publiques. En prenant la funeste décision de suspendre le service militaire obligatoire, il a cassé le dernier moule où se forgeait, qu’on le veuille ou non, la solidité de la nation française.

…La France commença donc le troisième millénaire avec une armée professionnalisée. Ce qui est extraordinaire, c’est que cette armée, déjà très réduite par l’absence des conscrits du service militaire, ait, depuis, perdu plus d’un quart de ses effectifs ! Les événements du Mali et du Levant ont temporairement suspendu cette hémorragie. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à où ?

Tâches de police

Après les attentats islamistes du mois de janvier 2015 sur le territoire national, le gouvernement a fait appel à l’armée pour effectuer des rondes dissuasives dans les lieux publics très fréquentés comme les aéroports ou les gares, ou des gardes fixes devant les lieux sensibles comme les synagogues et les écoles juives. Est-ce la meilleure manière de lutter contre le djihadisme, ou est-ce l’aveu que la France pourrait devenir un jour une sorte de Kaboul ? L’infiltration des cellules ennemies n’est-elle pas la meilleure stratégie possible ? L’offensive par les services secrets plutôt que la défensive déléguée à des chasseurs alpins ou des légionnaires non préparés à cette tâche de police ?

…le déploiement de l’armée sur le territoire national répondait à une volonté gouvernementale de provoquer un impact psychologique fort. Mais ces 7 000 hommes déployés en permanence pèsent sur le moral des unités opérationnelles. À peine rentrent-elles d’opérations extérieures qu’on les envoie dans les rues de Paris, comme si c’était celles de Gao. Et quand elles doivent repartir à l’étranger, elles n’ont pas eu le temps de bien s’entraîner. Les soldats sont devenus tellement sollicités que, très souvent, ils ne rengagent pas après leurs premiers cinq ans d’armée. Le recrutement des hommes du rang et des sous-officiers est devenu un problème.

Il faut réarmer

Ne commettons pas l’erreur que les Britanniques ont commise avec leur armée. Je l’ai connue en Bosnie centrale en 1994, c’était sans doute la meilleure armée du monde, bien supérieure en qualité, à l’époque, à l’armée américaine. À force de coupes budgétaires sur tous les plans, l’armée anglaise est devenue à plat. Comme elle manque d’hommes et que son équipement n’est plus totalement renouvelé, elle a beaucoup perdu en capacité opérationnelle.

La multiplication de nos théâtres d’intervention en Afrique et au Moyen-Orient rend évidente l’urgence d’un renforcement de notre armée de terre, en régiments classiques comme en unités de nos forces spéciales. Les guerres asymétriques que nous imposent les islamistes nécessiteront de plus en plus de soldats d’élite, extrêmement bien formés et bien équipés.

La France jouit du deuxième espace maritime mondial en termes de zones économiques exclusives (ZEE). Pour protéger cette immense richesse potentielle, mais aussi pour décimer la piraterie et prévenir le trafic des êtres humains par la mer, il nous faut accroître la taille de notre marine.

En ce qui concerne le nucléaire, il faut conserver les deux composantes que sont les FAS (Forces aériennes stratégiques) et les SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engin). Les premières permettent la gesticulation auprès de nos alliés de l’Otan ; les seconds assurent la dissuasion de dernier recours.

En politique, il faut savoir faire des choix simples. Le monde est-il plus dangereux qu’hier ? Oui. Il faut donc réarmer.

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